Que vérifions-nous ?

Une publication virale sur Facebook affirmant qu’un homme, complètement ivre, a été mordu par une vipère, laquelle serait morte peu de temps après la morsure. Selon le message, le reptile n’aurait pas supporté le taux d’alcool présent dans le sang de sa victime. La légende du post précise même que « le taux d’alcool dans le sang de l’animal était de 5,1 g/kg, une dose mortelle selon les médecins. » Cette affirmation, partagée des milliers de fois, est reprise ici également. 

Verdict

Aucune preuve factuelle ne permet de confirmer cet incident précis, d’autant plus que les données scientifiques et biologiques rendent ce scénario totalement invraisemblable.

Pourquoi ce verdict ?

Pour vérifier cette affirmation, SciencesCheck a consulté des médecins vétérinaires, un herpétologue ainsi que plusieurs sources scientifiques sur le fonctionnement des serpents venimeux et les effets de l’alcool sur l’organisme.

Le principal problème de cette publication est qu’elle repose sur une idée biologiquement fausse : une vipère n’aspire pas le sang de sa victime lorsqu’elle mord.

Comme l’explique Mamadou Alpha Baldé, herpétologue et chercheur à l’Institut de recherche en biologie appliquée de Guinée, contacté par SciencesCheck : « Lorsqu’un serpent mord un humain, il n’absorbe ni sang ni autre liquide. »

En réalité, la vipère utilise ses crochets pour injecter son venin afin d’immobiliser sa proie. Elle ne se nourrit pas pendant la morsure.

Le Centre antipoison belge rappelle également que les morsures de vipères consistent en une injection de venin contenant des protéines toxiques et des enzymes pouvant provoquer douleurs, lésions tissulaires ou troubles de la coagulation.

Même chez une personne fortement alcoolisée, la concentration d’alcool dans le sang reste très faible à l’échelle biologique d’un serpent.

Interrogé par SciencesCheck, Samuel Beya, médecin vétérinaire à Lubumbashi, estime qu’un serpent « ne meurt pas en mordant quelqu’un d’ivre ».

« Lorsqu’il mord, il injecte son venin, il ne suce pas le sang. Même si une petite quantité d’alcool entrait en contact avec son organisme, cela resterait insignifiant », explique-t-il.

Le spécialiste ajoute que les reptiles tolèrent des environnements biologiques bien plus complexes que la faible quantité d’alcool contenue dans le sang humain.

La publication affirme également que le serpent aurait été exposé à un taux d’alcool de « 5,1 g/kg ».

Or, le taux d’alcool dans le sang humain se mesure généralement en grammes par litre (g/L).

Selon le Dr Élie Tshilombo, contacté par SciencesCheck, une alcoolémie dépassant 3 à 4 g/L représente déjà un danger vital pour l’être humain.

« Une telle concentration peut altérer gravement le comportement humain, mais elle reste insuffisante pour intoxiquer un serpent », précise-t-il.

Aucun document scientifique identifié par SciencesCheck ne rapporte d’ailleurs un cas confirmé de serpent mort après avoir mordu une personne ivre.

Les recherches menées par SciencesCheck montrent que l’association entre serpent et alcool renvoie principalement à une boisson traditionnelle asiatique appelée « alcool de serpent ».

Dans cette pratique, le reptile est immergé pendant plusieurs mois dans un alcool très concentré. Le serpent meurt alors par immersion prolongée dans l’alcool pur.

Cette situation n’a aucun rapport avec une morsure défensive sur un être humain alcoolisé.

Conclusion

L’affirmation selon laquelle une vipère est morte d’une intoxication alcoolique après avoir mordu un homme ivre est non prouvée. En l’absence totale de preuves corroborant ce fait divers, les experts rappellent qu’un serpent n’absorbe pas de sang lors d’une morsure et que la concentration maximale d’alcool supportable par le corps humain reste insuffisante pour empoisonner un tel reptile.

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Sciences Check est un programme de Sciences de chez Nous qui se concentre exclusivement sur la vérification des faits scientifiques, notamment en démystifiant les affirmations fausses et trompeuses formulées par certains acteurs pour influencer les politiques publiques. Nous sommes membre de l’Alliance Africaine de Vérification des faits. 

Cette vérification des faits a été rédigée par Ruth Kutemba.

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