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Que vérifions-nous ?

Une publication Instagram (lien archivé ici) datée du 1er juin 2026 contenant une photo du président russe Vladimir Poutine en costume noir assis au milieu de drapeaux russes avec un message qui dit :  « La Russie annonce que le vaccin contre le cancer est prêt et sera offert gratuitement à tous les patients du monde entier.»

Verdict

La Russie développe bien des vaccins thérapeutiques expérimentaux contre certains cancers, mais aucun vaccin universel n’a été validé ni annoncé pour une distribution gratuite à l’échelle mondiale.

Pourquoi ce verdict ?

Pour parvenir à ce verdict, SciencesCheck s’est appuyé sur les déclarations publiques des autorités russes relayées par les agences Interfax et TASS, les positions de l’Institut national du cancer français (INCa), ainsi que les explications du Dr Edith Borcoman, médecin oncologue et chercheuse à l’Institut Curie.

Avant d’évaluer les annonces russes, il est essentiel de comprendre ce que recouvre l’expression « vaccin contre le cancer », qui prête souvent à confusion dans le grand public.

Il existe deux grandes catégories de vaccins liés au cancer. Les vaccins préventifs, comme le vaccin contre le papillomavirus humain (HPV), visent à empêcher l’apparition de certains cancers en protégeant contre les virus qui les causent. Les vaccins thérapeutiques, eux, interviennent lorsque le cancer est déjà déclaré. « Ils font partie de l’arsenal thérapeutique quand le cancer est déjà là », a expliqué la Dre Edith Borcoman de l’Institut Curie à l’Agence France Presse. Leur mécanisme consiste à stimuler le système immunitaire du patient pour qu’il reconnaisse et attaque les cellules cancéreuses présentes dans son organisme.

Dans leur forme la plus avancée, ces vaccins thérapeutiques sont personnalisés : “Ils sont fabriqués sur mesure pour chaque patient, à partir de l’analyse génétique de sa propre tumeur”, explique le Pr Ousmane Koïta, biologiste et directeur du Centre de recherche en santé globale, lors d’un entretien accordé à SciencesCheck.

« Au moment de la chirurgie, on va prendre un échantillon de la tumeur qui va ensuite être analysé, séquencé pour chercher des cibles spécifiques, des mutations qu’on appelle des néo-antigènes. On va ensuite fabriquer un vaccin qui contient ces signaux identifiés. Chaque patient aura donc son vaccin propre produit en fonction des marqueurs identifiés spécifiques de sa tumeur », détaille la Dre Borcoman.

C’est précisément cette approche que suivent plusieurs des programmes russes annoncés depuis 2024.

Les premières déclarations russes sur le sujet remontent à juin 2024, lorsque le ministre russe de la Santé, Mikhail Murashko, a annoncé qu’un vaccin thérapeutique contre le cancer était en phase préclinique. Depuis, les autorités russes ont communiqué sur plusieurs programmes distincts, que les publications virales sur les réseaux sociaux ont amalgamés en un seul et unique « vaccin contre le cancer ».

SciencesCheck a identifié quatre principaux programmes. Premièrement, le NeoOncoVac (ou NeoOnkovak). C’est un vaccin thérapeutique personnalisé à ARN messager, développé notamment par le Centre Gamaleya et le Centre national de radiologie du ministère russe de la Santé, ciblant certains mélanomes (cancer de la peau). Début avril 2026, les autorités russes ont annoncé qu’un premier patient avait reçu ce traitement.

Deuxièmement, le vaccin thérapeutique OncoPept. C’est un vaccin personnalisé développé par l’Agence fédérale médico-biologique russe (FMBA), destiné à certains cancers colorectaux. Mi-avril 2026, la FMBA a indiqué que deux premiers patients avaient reçu le traitement à quelques jours d’intervalle.

Le troisième programme est Oncorna, un vaccin thérapeutique personnalisé de la FMBA, également contre certains cancers colorectaux, utilisant la technologie ARN messager. Son utilisation clinique a été autorisée en avril 2026.

Enfin, le programme EnteroMix, repose sur une approche différente des précédentes. Il ne s’agit pas d’un vaccin personnalisé, mais d’un traitement utilisant plusieurs virus modifiés pour déclencher une réponse immunitaire contre les cellules cancéreuses. Des essais cliniques de phase 1 ont été lancés en 2025 pour certains cancers colorectaux.

Ces quatre programmes ciblent des types de tumeurs différents. Ils reposent sur des technologies distinctes et en sont à des stades de développement variables. Ils ne constituent en aucun cas un traitement unique et universel contre l’ensemble des cancers.

Contacté par l’AFP, l’Institut national du cancer français (INCa) confirme qu’« il n’y a pas de vaccin thérapeutique universel contre les cancers ayant obtenu une autorisation de mise sur le marché », ni en France ni à l’international.

Pour la Dre Borcaman, le fait qu’un premier patient ait reçu un traitement expérimental ne prouve pas son efficacité. En effet, « il n’y a que le résultat final de la phase 3 qui nous permet de dire vraiment si la molécule est efficace ou pas ».

Par ailleurs, la gratuité dont parle l’auteur de la fausse publication ne concerne que les citoyens russes. Au cours du mois d’avril 2026, le gouvernement russe a intégré certains de ces traitements personnalisés à la liste des soins pris en charge par l’assurance maladie obligatoire russe. Selon l’agence Interfax, « les citoyens russes pourront bénéficier gratuitement de trois types de soins médicaux de pointe ».

Conclusion

L’affirmation selon laquelle la Russie aurait mis au point un vaccin universel contre le cancer, disponible gratuitement pour tous les patients dans le monde, est hors contexte. Les autorités russes ont bien annoncé des avancées dans le développement de plusieurs vaccins thérapeutiques expérimentaux ciblant certains cancers spécifiques, mais ces traitements sont encore en phase d’évaluation clinique, ne constituent pas un remède universel, et leur prise en charge gratuite est limitée aux citoyens russes dans le cadre de leur système national d’assurance maladie.

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SciencesCheck est un programme de Sciences de chez Nous qui se concentre exclusivement sur la vérification des faits scientifiques, notamment en démystifiant les affirmations fausses et trompeuses formulées par certains acteurs pour influencer les politiques publiques. 

Cette vérification des faits a été rédigée par Rose Lamah.

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