Que vérifions-nous ?
Une vidéo Facebook (Lien archivé ici) de 45 minutes dans laquelle son auteur formule sept affirmations relatives aux dangers des parfums pour la santé humaine. Il dit : « 95 % des substances utilisées dans les parfums sont des dérivés du pétrole ; un parfum contient plus de 300 substances chimiques ; les fabricants ont le droit de masquer la composition réelle des parfums sous la mention « parfum » ou « fragrance » ; les phtalates présents dans les parfums sont des perturbateurs endocriniens susceptibles de dérégler la testostérone et les œstrogènes ; l’utilisation du parfum est « extrêmement dangereuse » pour les femmes enceintes ; certaines substances contenues dans les parfums peuvent atteindre directement le fœtus ; et les enfants sont particulièrement vulnérables aux effets des parfums sur les systèmes hormonal et nerveux ». Mise en ligne le 29 mai 2026 a publication a reçu plus de 60 982 mentions « J’aime », 17 587 partages et 1 300 commentaires.
Verdict

La vidéo mêle des faits partiellement exacts, des généralisations abusives et plusieurs affirmations dépourvues de toute base scientifique vérifiable. Si certaines substances utilisées dans les parfums font effectivement l’objet d’évaluations toxicologiques, les affirmations les plus alarmantes de la vidéo ne sont ni prouvées ni conformes aux positions des autorités sanitaires internationales.
Pourquoi ce verdict ?
Pour parvenir à ce verdict, SciencesCheck a vérifié chacune des sept affirmations à partir de la littérature scientifique disponible, des textes réglementaires en vigueur, des positions officielles des autorités sanitaires internationales, et des données publiées par les organismes de l’industrie du parfum, en recoupant systématiquement les sources primaires.
Affirmation 1 : « 95 % des substances utilisées dans les parfums sont des dérivés du pétrole »
Verdict :
Sciences Check a remonté la chaîne des références jusqu’aux sources primaires citées à l’appui de cette affirmation. Elle est notamment reprise dans l’article scientifique Scented Candles as an Unrecognized Factor that Increases Urothelial Cancer Risk (Adamowicz et al., 2019, Cancer Prevention Research), qui l’attribue à l’Environmental Working Group (EWG). En consultant le rapport original de l’EWG, Not So Sexy: Hidden Chemicals in Perfume and Cologne (2010), on constate que ce document décrit les parfums comme des mélanges d’essences naturelles et de « produits chimiques synthétiques, souvent des pétrochimiques », sans jamais mentionner le chiffre de 95 %.
La même affirmation est attribuée dans d’autres publications à un rapport de la National Academy of Sciences (NAS) datant de 1986 : malgré des recherches documentaires ciblées, ce rapport reste introuvable dans ses sources primaires vérifiables.
L’Association internationale des parfums (IFRA), dont la liste de transparence 2025 recense 3 691 ingrédients utilisés dans la création de mélanges parfumants à l’échelle mondiale (3 312 ingrédients parfumants et 379 ingrédients fonctionnels), ne précise nulle part la proportion d’ingrédients issus de la pétrochimie.
La FDA américaine indique de son côté que les parfums résultent d’un assemblage de substances naturelles et synthétiques, sans chiffrer la part pétrolière. Le chiffre de 95 % est donc une affirmation circulante dont aucune source primaire scientifiquement vérifiable n’a pu être identifiée à ce jour.
Affirmation 2 : « Un parfum contient plus de 300 substances chimiques »
Verdict :

Cette affirmation est partiellement fondée, mais nécessite d’être nuancée. Selon l’avis scientifique SCCS/1459/11 du Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs (SCCS) de la Commission européenne, publié en décembre 2011, la référence académique la plus solide sur le sujet, « une formule de parfum peut contenir de 10 à plus de 300 ingrédients différents ». Il s’agit donc d’une fourchette, non d’une règle générale. La base de données CosIng de la Commission européenne recensait à l’époque 2 587 ingrédients utilisés à des fins de parfumage. La liste de transparence 2025 de l’IFRA en recense désormais 3 691, mobilisés à des degrés très variables selon les formules. Affirmer que « tout parfum contient plus de 300 substances » constitue donc une généralisation inexacte.
Affirmation 3 : « Les fabricants peuvent masquer la composition en écrivant seulement « parfum » ou « fragrance » »
Verdict

Cette affirmation est exacte et repose sur des textes réglementaires précis. En Europe, l’article 19 du Règlement (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques autorise explicitement les fabricants à regrouper l’ensemble des compositions parfumantes sous la seule mention « parfum » ou « aroma », au nom de la protection du secret commercial.
Seuls les allergènes identifiés à l’annexe III sont soumis à mention individuelle. Le Règlement (UE) 2023/1545 a récemment étendu cette liste à 56 nouvelles substances allergènes, mais le principe du « parfum » comme mention générique demeure.
Aux États-Unis, la même logique prévaut sous l’autorité du Fair Packaging and Labeling Act, qui autorise le regroupement sous la mention « Fragrance ». Cette opacité réglementaire a été documentée et critiquée dès 2010 dans le rapport Not So Sexy de l’EWG, qui révélait que les 17 parfums testés contenaient en moyenne 14 substances chimiques non déclarées sur l’étiquette.
Affirmation 4 : « Les phtalates présents dans les parfums sont des perturbateurs endocriniens »
Verdict :

La réalité scientifique et réglementaire sur les phtalates est nuancée et ne justifie pas une affirmation aussi générale. Le phtalate le plus couramment utilisé dans les parfums est le phtalate de diéthyle (DEP), employé comme solvant et fixateur.
La FDA américaine indique explicitement qu’elle « ne dispose pas de préoccupations de sécurité concernant l’utilisation du DEP dans les cosmétiques et les parfums dans les conditions actuelles d’utilisation ».
Le Comité scientifique européen des produits cosmétiques (SCCNFP) a également estimé, dans un avis du 9 décembre 2003, que l’utilisation du DEP dans les cosmétiques ne présentait pas de risque au vu des études disponibles.
En revanche, d’autres phtalates, notamment le DEHP, le DBP, le BBP et le DIBP — sont identifiés par l’Union européenne comme perturbateurs endocriniens avérés et font l’objet d’interdictions ou de restrictions dans les cosmétiques depuis 2013. Un rapport conjoint OMS-PNUE de 2013 (State of the Science of Endocrine Disrupting Chemicals) identifié près de 800 composés chimiques connus ou suspectés d’interférer avec le système endocrinien, dont certains phtalates, tout en soulignant la nécessité de poursuivre les recherches.
L’affirmation est donc partiellement vraie pour certains phtalates spécifiques, mais inexacte si elle est appliquée indistinctement à tous les phtalates utilisés dans les parfums.
Affirmation 5 : « Les phtalates dérèglent la testostérone et les œstrogènes »
Verdict :

Des données animales existent sur ce point, mais leur transposition à l’humain reste limitée. L’Agence européenne des médicaments (EMA) précise dans ses lignes directrices que « les données de la littérature chez l’animal montrent que certains phtalates sont associés à des effets sur la reproduction et le développement en lien avec leurs propriétés anti-androgéniques, mais les données disponibles chez l’humain sont limitées et leur pertinence clinique reste à établir ».
La FDA rappelle également que, les données disponibles concernant le DEP, le seul phtalate encore couramment utilisé dans les parfums, « ne montrent pas de risque pour la santé dans les conditions actuelles d’utilisation ».
L’Institut national de santé publique du Québec note par ailleurs que pour certains phtalates, des doses journalières préoccupantes peuvent être atteintes, notamment chez les personnes fortement exposées aux cosmétiques. L’affirmation n’est donc ni totalement fausse ni scientifiquement établie dans les conditions normales d’exposition aux parfums commerciaux.
Affirmation 6 : « Les parfums sont extrêmement dangereux pour les femmes enceintes »
Verdict :

Aucune autorité sanitaire internationale ne qualifie l’usage du parfum d’« extrêmement dangereux » en général pour les femmes enceintes. L’IFRA ne recommande aucune interdiction générale de l’usage du parfum pendant la grossesse. Cela dit, la prudence est scientifiquement justifiée pour certaines raisons. Le rapport OMS-PNUE de 2013 souligne que les périodes de développement prénatal constituent des fenêtres de vulnérabilité particulière aux perturbateurs endocriniens. Santé publique France rappelle que la période des « 1000 jours », du développement prénatal à la petite enfance est « particulièrement vulnérable aux effets des perturbateurs endocriniens ». Certaines huiles essentielles contenues dans des parfums naturels sont par ailleurs déconseillées pendant la grossesse car susceptibles de provoquer des contractions. En l’état des connaissances, l’affirmation dans sa formulation absolue est invérifiée et potentiellement alarmiste, même si une vigilance raisonnée est médicalement justifiée.
Affirmation 7 : « Certaines substances des parfums peuvent atteindre le fœtus »
Verdict :

Cette affirmation est la plus solidement étayée parmi les sept. Le rapport de l’EWG de 2010 (Not So Sexy) citait des études montrant la présence de muscs synthétiques, galaxolide et tonalide dans le sang de cordon ombilical de nouveau-nés. Le DEP a également été retrouvé dans des études épidémiologiques humaines, associé à des effets sur le développement des organes reproducteurs. La FDA reconnaît l’exposition potentielle au DEP via les cosmétiques, tout en précisant que les données actuelles ne démontrent pas de risque établi pour le fœtus dans les conditions normales d’utilisation. L’affirmation est donc partiellement vraie dans le sens où une exposition est possible, mais elle reste non vérifiée dans sa dimension causale, aucune étude clinique définitive n’ayant établi de lien de causalité entre usage normal du parfum et atteinte fœtale prouvée.
Affirmation 8 : « Les enfants sont particulièrement vulnérables aux effets des parfums »
Verdict :

La vulnérabilité accrue des enfants à certaines substances chimiques est reconnue par les institutions scientifiques, mais l’affirmation ne doit pas être généralisée à tous les parfums. L’OMS et le PNUE soulignent que l’enfance est une période de développement où les perturbateurs endocriniens peuvent avoir des effets particulièrement marqués. Santé publique France confirme que les études de biosurveillance montrent une imprégnation généralisée des enfants par certains perturbateurs endocriniens, dont les phtalates. Cela ne signifie pas pour autant que l’usage ordinaire de parfums commerciaux dont les formules sont encadrées par les standards IFRA et la réglementation européenne constitue un danger démontré pour tous les enfants.
Conclusion
La vidéo virale examinée par SciencesCheck mélange des éléments partiellement fondés et des généralisations alarmistes sans base scientifique vérifiable. Sur sept affirmations analysées, aucune n’est entièrement vraie telle qu’elle est formulée. Si certaines substances utilisées dans certains parfums font effectivement l’objet d’évaluations toxicologiques, notamment les phtalates, les muscs synthétiques et les allergènes; les autorités sanitaires internationales, dont la FDA, l’OMS et la Commission européenne, ne valident pas les mises en garde absolues formulées dans la vidéo. La prudence est justifiée, en particulier pour les femmes enceintes et les jeunes enfants, mais elle doit reposer sur des informations précises et nuancées; non sur des affirmations à caractère catastrophiste qui peuvent générer une anxiété injustifiée ou conduire à des comportements inappropriés.
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SciencesCheck est un programme de Sciences de chez Nous qui se concentre exclusivement sur la vérification des faits scientifiques, notamment en démystifiant les affirmations fausses et trompeuses formulées par certains acteurs pour influencer les politiques publiques.

Cette vérification des faits a été rédigée par Ruth Kutemba.
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