« Je suis actuellement en République démocratique du Congo (RDC) et il n’y a pas d’Ebola ici. Tout le monde vit sa vie normalement. Personne ne panique. Le seul endroit où l’on trouve Ebola, c’est sur les réseaux sociaux », affirme face caméra une femme qui dit se trouver en RDC et présente ce qu’elle observe autour d’elle comme un argument contre l’existence de l’épidémie. 

La vidéo est publiée sur TikTok le 23 mai 2026. Elle est ensuite supprimée du compte d’origine @Zdmotherofallnations1, mais des copies continuent de circuler sur plusieurs plateformes, notamment X (anciennement Twitter), TikTok, Facebook et YouTube avec une forte circulation sur X accompagnée d’un récit plus large, celui d’une épidémie exagérée par les médias et d’une population qui, elle, ne verrait aucune trace d’Ebola.

Pourtant, sur le terrain, des équipes de riposte sont prises à partie et des structures mobilisées pour répondre à l’épidémie sont détruites.

Alors, que s’est-il réellement passé ?

SciencesCheck a remonté la piste numérique de cette vidéo, examiné les éléments permettant de la situer et confronté l’affirmation aux données disponibles sur l’épidémie.

Il est 6 h 32 min 41 s UTC, le 23 mai 2026, lorsque la vidéo apparaît sur le compte TikTok « Zd mother of all nations 1 », soit huit jours après la déclaration officielle du ministère congolais de la Santé, le 15 mai 2026, de la 17e épidémie de la maladie à virus Ebola en RDC, dans la province de l’Ituri.  

Frise chronologique de l’alerte sanitaire d’Ebola en RDC à la vidéo virale : Crédit SciencesCheck

L’analyse de la chronologie du compte à l’aide de l’outil « Bellingcat TikTok Date Extract » permet de dater les publications à la seconde près.

Le 23 mai 2026, le compte @Zdmotherofallnations1 publie au moins deux vidéos. La première est mise en ligne à 5 h 57 min 24 s UTC. La seconde, objet de notre vérification, apparaît à 6 h 32 min 41 s, soit 35 minutes et 17 secondes plus tard.

Dans les deux vidéos, l’auteure porte la même tenue, mais apparaît dans des environnements différents (voir photomontage ci-dessous).

La seconde vidéo n’est aujourd’hui plus disponible sur le compte d’origine. Une analyse approfondie ne permet pas de confirmer le lieu où la vidéo a été tournée. 

Dans la séquence, aucun panneau, bâtiment, nom de rue ou autre repère géographique identifiable ne permet de situer précisément la scène. L’auteure affirme se trouver en RDC, mais cette affirmation n’est accompagnée d’aucun élément indépendant permettant de confirmer le lieu de tournage. 

Nous avons donc contacté son auteure afin d’obtenir des explications sur la publication et sa suppression, sans obtenir de réponse au moment de notre enquête.

Un compte déjà lié à une propagande de désinformation

Une recherche approfondie à partir de l’identifiant public @zdmotherofallnations1 nous a conduits à une enquête publiée le 12 juillet 2026 par le Digital Tech, AI & Information Disorder Analysis Centre (DAIDAC), consacrée à la circulation de récits trompeurs présentant le Burkina Faso comme un « miracle économique » sous Ibrahim Traoré.

Dans cette enquête, DAIDAC cite @zdmotherofallnations1 parmi plusieurs comptes TikTok ayant relayé un faux récit selon lequel le président burkinabè aurait refusé une aide du Fonds monétaire international (FMI). Selon l’analyse de DAIDAC, ces publications ont cumulé des centaines de milliers de vues.

Joint au téléphone, le Dr Ousmane Ly, expert en santé numérique et professionnel de recherche au Centre interdisciplinaire de développement international en santé (CIDIS) de l’Université de Sherbrooke, au Canada, estime que « l’argument avancé par l’auteure de la vidéo relève d’une généralisation abusive ». 

« Prétendre qu’une épidémie n’existe pas parce qu’elle n’est pas visible dans son environnement immédiat est trompeur », explique l’expert. Une observation faite dans un lieu précis ne « permet pas de conclure à l’absence du virus dans un pays » de plus de 2,3 millions de kilomètres carrés. 

Il faut le souligner, au moment de la publication de la vidéo, l’épidémie était officiellement localisée en Ituri, où les analyses de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) avaient confirmé la présence du virus Bundibugyo dans huit des treize échantillons analysés.

Evolution épidémiologique

Le 23 mai 2026, lorsque la fausse vidéo est publiée, l’existence de l’épidémie est déjà documentée par les autorités sanitaires. Au 21 mai, l’OMS recensait 85 cas confirmés et 746 cas suspects en RDC, avec une extension de la transmission vers le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.

Dans les semaines qui suivent, les données montrent une progression continue de l’épidémie, avec une hausse du nombre de cas confirmés et de décès. Notre visualisation retrace cette évolution depuis la déclaration de l’épidémie et permet de mesurer l’ampleur prise par la maladie au fil des semaines.

 Evolution des cas confirmés et des décès signalés depuis le 15 mai 2026 au 23 août 2026

Loin d’être une maladie « inventée » sur les réseaux sociaux, Ebola progresse sur le terrain, avec des cas et des décès recensés dans plusieurs zones de santé.

Une évaluation rapide menée par ActionAid dans trois zones de santé de l’Ituri, le principal foyer de cette 17e épidémie d’Ebola montre que 36 % des personnes interrogées ne croient pas à l’existence de la maladie. Les rumeurs et la désinformation alimentent cette défiance, avec des conséquences directes sur la riposte.

Cette méfiance généralisée inquiète jusqu’au sommet des institutions. Le 5 juin 2026, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, avertissait que « cette désinformation est presque aussi dangereuse que le virus lui-même , car elle se répand tout aussi vite », et entrave l’action des secours.

Les coûts humains de la désinformation

Interrogé, le docteur Jean-Jacques Muyembe, virologue et directeur de l’INRB, explique que « l’épidémie survient sur un terrain vraiment difficile où il y a des groupes armés, il y a donc l’insécurité  et également la méfiance de la population qui ne collabore pas pour répondre à cette épidémie. »  

Yap Boum, coordinateur de la riposte Ebola pour Africa CDC en RDC, fait état de « plus de 100 attaques » contre des agents de santé depuis le début de l’épidémie.

À Rwampara, dans l’est du pays, une partie d’un centre de traitement d’Ebola a été incendiée après que des habitants ont contesté le diagnostic et réclamé le corps d’un proche décédé, refusant les mesures de sécurité liées à la maladie. 

Selon Mamadou Kaba Barry, membre de l’ONG Alima, les équipes d’inhumation sont elles aussi devenues des cibles, certaines familles soupçonnant les soignants de dissimuler les corps pour alimenter un prétendu trafic d’organes.

Fin mai, à Bunia, des proches d’un patient décédé ont presque battu à mort des agents chargés de son enterrement, convaincus que le cercueil transporté était vide, rapporte Barry à l’Agence France Presse (AFP).

« C’est quand même très grave. Cela nous empêche réellement d’assurer une prise en charge normale », déplore-t-il.

Verdict de SciencesCheck : FAUX

L’épidémie d’Ebola en RDC est biologiquement confirmée. Les données sanitaires, la progression des cas et les violences documentées contre les équipes de riposte établissent une réalité que la vidéo transforme en récit de déni : Ebola n’est pas seulement visible sur les réseaux sociaux, il circule réellement sur le terrain.

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SciencesCheck est un programme de Sciences de chez Nous qui se concentre exclusivement sur la vérification des faits scientifiques, notamment en démystifiant les affirmations fausses et trompeuses formulées par certains acteurs pour influencer les politiques publiques.

Cette vérification des faits a été rédigée par Mardochée Boli & Ruth Kutemba.

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