Taxus baccata 'Dovastonii' Aurea (yew) Berries (Sept 21) Crédit : Four Seasons Garden

Que vérifions-nous ?

Une vidéo Facebook (lien archivé ici) d’une minute dans laquelle une femme vêtue d’un T-shirt jaune se filmant face caméra, affirme que la consommation des fruits de l’arbre Taxus baccata connu sous le nom de « l’if commun » stoppe le cancer, notamment les cancers du sein, de l’utérus et de la prostate. Elle soutient que c’est un arbre dont l’extrait est utilisé dans la préparation des chimiothérapies et conseille de consommer le fruit de l’if après en avoir retiré la graine, et de prendre du fenugrec, matin et soir, ainsi que de boire une tisane à base de feuilles de corossolier en se massant avec de l’huile d’amande ou de pépins de raisin. La vidéo a été publiée début juillet 2026 sur la page Syephanie Makola et a enregistré plus de 18 000 mentions, « J’aime », 476 commentaires et plus de 5 500 partages.

Une publication similaire de la même auteure est également disponible ici.

 

Verdict  

L’if est bien associé à des médicaments utilisés contre certains cancers. Mais les données scientifiques disponibles ne permettent pas d’affirmer que manger le fruit de l’if soigne ou stoppe le cancer.

Pourquoi ce verdict ?

Pour parvenir à ce verdict, SciencesCheck a effectué des recherches documentaires sur Taxus baccata (if commun) et ses liens avec le cancer, consulté la littérature scientifique disponible et interrogé des spécialistes. 

Nous avons également réalisé une recherche d’image inversée via Yandex afin d’identifier la plante présentée dans la publication. Les résultats obtenus nous ont notamment conduits vers un article publié par l’organisation britannique Plantlife, ainsi que vers une publication de Herald Extra.

Ces sources décrivent l’if commun comme un arbre qui garde ses feuilles toute l’année. Il possède de fines aiguilles vert foncé et produit des structures rouges qui ressemblent à de petits fruits. 

Une recherche documentaire nous a également conduits vers Via Gallica, qui présente les caractéristiques de l’if commun et sa toxicité. La plateforme établit un lien entre certaines substances issues des ifs et le développement de médicaments anticancéreux.

Le site EcoTree indique également que l’if commun est associé à des usages médicaux dans le traitement de certains cancers.

Cependant, il faut faire une distinction essentielle. Une plante peut contenir une substance utilisée pour fabriquer un médicament sans que la plante elle-même puisse être utilisée comme médicament.

Interrogé par SciencesCheck, le Dr Djibril Coulibaly, expert en plantes médicinales, alimentaires et aromatiques et Directeur du Centre régional de recherche en médecine traditionnelle au Mali, explique : « On n’utilise pas directement une partie de la plante [l’If commun ndlr] qui est très toxique parce que la dose thérapeutique, qui est très proche de la dose toxique létale, est impossible à contrôler », explique  La quantité de taxol dans les feuilles change selon la saison et selon l’arbre. […] On fabrique plutôt deux médicaments à partir de cette plante : le Paclitaxel (Taxol) et le Docetaxel (Taxotère). Ces deux médicaments sont utilisés en chimiothérapie pour traiter le cancer du sein, de l’ovaire, du poumon et celui de la prostate. »

Les propos du Dr Djibril Coulibaly corroborent avec le contenu de cet  article du quotidien suisse Le Temps, publié en 2001. Il est expliqué que le Taxol (paclitaxel) bloque la division des cellules cancéreuses et empêche leur multiplication.  Une étude scientifique publiée dans la revue Molecular Biology of the Cell précise notamment que l’utilisation du Taxol a été approuvée par la Food and Drug Administration (FDA) pour certains cancers, dont ceux de l’ovaire, du sein et du poumon. 

Les graines de l’if sont-elles toxiques ?

Les différentes parties de l’if commun contiennent des substances appelées taxines, qui peuvent être toxiques pour le cœur. Une étude publiée dans European Heart Journal – Case Reports rappelle que toutes les parties de l’if, à l’exception de la partie rouge et charnue appelée arille, contiennent des alcaloïdes taxines. Une intoxication peut provoquer de graves troubles du rythme cardiaque et, dans certains cas, entraîner la mort. 

Une étude publiée dans Phytochemical Analysis décrit également l’arille rouge comme la partie non toxique de la plante. Mais cette absence de toxicité ne concerne pas la graine située à l’intérieur.

Autrement dit, retirer simplement la graine ne transforme pas l’if en traitement contre le cancer. Et les autres parties de la plante peuvent être dangereuses.

A cet effet, Le Dr Djibril Coulibaly alerte : « La taxine tue en quelques heures. Le médicament qui a été fabriqué par les scientifiques pour sauver les vies humaines est purifié et dosé en laboratoire à partir des aiguilles. L’infusion, la poudre ou le fruit de l’if préparés à la maison peuvent représenter un danger mortel et ne sont pas recommandés pour traiter le cancer. »

Il rappelle qu’une plante peut contenir à la fois des substances ayant un intérêt pharmacologique et d’autres substances toxiques. Dans un médicament, les substances actives sont isolées, purifiées, formulées et dosées. « Ce n’est pas le cas lorsqu’une personne consomme directement une plante. »

La position de l’OMS

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) inclut le paclitaxel et le docétaxel dans sa Liste modèle des médicaments essentiels de 2025, pour certaines indications en cancérologie. Cette liste est établie à partir notamment de données sur l’efficacité et la sécurité des médicaments.

Cette inscription confirme la place de ces médicaments dans la prise en charge de certaines formes de cancer, mais ne signifie pas que la consommation de l’if ou de son fruit constitue un traitement contre le cancer.

Conclusion

L’if a contribué à la médecine anticancéreuse, mais son fruit n’est pas pour autant un traitement contre le cancer.

••••••••••••••••••••••

SciencesCheck est un programme de Sciences de chez Nous qui se concentre exclusivement sur la vérification des faits scientifiques, notamment en démystifiant les affirmations fausses et trompeuses formulées par certains acteurs pour influencer les politiques publiques. 

Cette vérification des faits a été rédigée par la rédactrice en chef de SciencesCheck, Ruth Kutemba.

***

➤ Bien que nous ayons mis en place un processus éditorial robuste et bien rodé, nous ne sommes qu’humains. Si vous repérez des erreurs ou des coquilles dans nos productions, veuillez-nous en informer par courriel à l’adresse : correction@sciencesdecheznous.com. 

Contactez-nous sur WhatsApp