Que vérifions-nous ?

Une vidéo virale (archivé ici) publiée sur le compte TikTok « Trésor Abbey » affirme que l’aubergine sauvage, dont le nom scientifique est Solanum torvum, communément appelée « Gnangnan » en Côte d’Ivoire, guérit l’insuffisance rénale et le cancer de la prostate. Dans ce clip qui totalise plus de 23 000 mentions j’aime et 19 800 partages, l’auteur montre l’image des petits fruits verts de la plante en la présentant comme un remède miracle contre ces deux pathologies.

 

​Verdict 

Bien que le Solanum torvum possède des propriétés nutritionnelles et des principes actifs étudiés en laboratoire, aucune preuve clinique humaine ne démontre à ce jour qu’il peut guérir l’insuffisance rénale ou le cancer de la prostate.

Pourquoi ce verdict ?

Pour aboutir à ce verdict, SciencesCheck a consulté des études scientifiques disponibles dans les bases de données médicales et recoupé les sources sur la pharmacopée africaine.

L’insuffisance rénale, c’est quand les reins perdent progressivement leur capacité à filtrer le sang, un processus souvent irréversible. Des études menées en laboratoire sur des rongeurs, notamment une recherche publiée dans le Journal Africain de Technologie Pharmaceutique et Biopharmacie (JATPB) par Mewoli et al. en 2023, montrent que certains extraits de feuilles de Solanum torvum peuvent aider à protéger les reins contre les dégâts causés par certains médicaments toxiques. Mais protéger n’est pas guérir. Ces résultats ne signifient pas que la plante peut réparer des reins déjà sérieusement abîmés, encore moins soigner une insuffisance rénale chronique chez un être humain.

Plus préoccupant encore, une étude publiée en février 2025 dans le Journal of Applied Sciences and Environmental Management par Nweke et al. va dans le sens contraire de l’affirmation que nous vérifions. 

Des chercheurs ont administré à des rats des doses de 300 à 400 mg/kg d’extrait de feuilles de Solanum torvum. Résultat : les tissus des reins des animaux ont été endommagés, et des analyses sanguines ont révélé des taux anormalement élevés de créatinine et d’urée, deux indicateurs que les médecins utilisent pour détecter une atteinte des reins. En clair, loin de soigner les reins, la plante peut les fragiliser à des doses élevées. 

Les auteurs de l’étude le soulignent eux-mêmes : la croyance répandue que les plantes médicinales sont toujours sans danger pousse les gens à en consommer sans précaution, ce qui favorise des effets toxiques souvent non déclarés.

Concernant le cancer de la prostate, des chercheurs ont isolé dans le Solanum torvum des molécules, à savoir des saponines et des alcaloïdes qui ont montré, dans des tubes à essai, une capacité à attaquer certaines cellules cancéreuses, dont celles du cancer de la prostate, comme le documente une étude publiée sur PubMed

Cependant, une efficacité observée en éprouvette, sur des cellules isolées, ne garantit pas du tout qu’un traitement fonctionnera sur un être humain vivant. Le corps humain est bien plus complexe qu’une boîte de Pétri. À ce jour, aucun essai clinique, c’est-à-dire aucune étude testée sur de vrais patients, n’a validé l’usage du Gnangnan comme traitement contre le cancer de la prostate.

En effet, cette rumeur n’est pas nouvelle. En avril 2022, l’Agence France-Presse (AFP) a établi qu’il n’existe pas de données scientifiques prouvant l’efficacité de l’aubergine sauvage sur le cancer, quel qu’en soit le type. 

Le Pr Xavier Cormoul, professeur de toxicologie à l’université Paris Descartes, avait même averti que “consommer cette plante comme traitement pouvait être dangereux”, certains végétaux contenant des composés toxiques que “des gens prennent à tort pour des remèdes anticancéreux”. 

Pour rappel, le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez les hommes dans 40 pays d’Afrique subsaharienne, avec une incidence estimée à 30 cas pour 100 000 personnes sur le continent. Les hommes d’ascendance africaine présentent par ailleurs des facteurs génétiques associés à des formes souvent plus agressives de cette maladie. Dans ce contexte, abandonner ou retarder une prise en charge médicale au profit d’un remède non prouvé peut avoir des conséquences graves, voire fatales.

Conclusion

L’affirmation selon laquelle le Gnangnan (Solanum torvum) guérit l’insuffisance rénale et le cancer de la prostate est non prouvée. Les études disponibles ne permettent pas de le considérer comme un remède contre ces maladies. Et une recherche récente suggère même qu’à fortes doses, il peut endommager les reins.

 

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SciencesCheck est un programme de Sciences de chez Nous qui se concentre exclusivement sur la vérification des faits scientifiques, notamment en démystifiant les affirmations fausses et trompeuses formulées par certains acteurs pour influencer les politiques publiques. 

Cette vérification des faits a été rédigée par Aïchata Tigana, éditée et validée pour publication par la Rédactrice en Chef, Ruth Kutemba.

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